Serge, un journaliste qui raconte les saveurs du vin

Au mois de février 2003, nous avons reçu une demande du CHU de Bordeaux pour effectuer des essais avec un jeune tétraplégique sous assistance respiratoire. Nous avons envoyé notre ergothérapeute avec une station de commande de l’ordinateur par le regard. Les tests se révélant concluants, nous avons formé l’équipe de rééducation pour que Serge puisse poursuivre son apprentissage. En quelques mois, il devient autonome sur son ordinateur et il communique avec son entourage par Internet depuis l’hôpital. La rééducation finit également par porter ses fruits, il commence de nouveau à se consacrer à sa passion, le vin, car il est sommelier de formation.

Le 14 novembre 2004, il confie son histoire à un journaliste du JDD (Journal du Dimanche) qui publie un article sous le titre « l’homme qui parcourt ses vignes, dans sa tête » dont voici quelques extraits :

« En octobre 2002, un accident de moto clouait irrémédiablement Serge Maloubier sur un lit. A 29 ans, tétraplégique, il est aujourd’hui sous assistance respiratoire. En septembre [2004] il publiait son premier article dans le supplément vin de Paris Match [n°2885], « Petite leçon de géographie et de saveurs à la française ». Fruit d’une passion et d’une détermination à toute épreuve. « Je n’imaginais pas faire ça. J’étais sommelier avant mon accident et je voulais me perfectionner en œnologie. Mais c’est un peu toujours la même chose, transmettre aux autres le plaisir du vin. » Le jeune homme parle d’une voix faible, le débit haché par les pauses lui permettant de respirer. Dans les prochaines semaines Serge Maloubier devrait signer un contrat avec le groupe de presse Hachette-Filipacchi. Une opportunité saisie après la publication d’un article qui lui était consacré en mars dernier dans les colonnes du JDD. Une chance qui ne peut toutefois masquer les freins que continue de lui imposer son lourd handicap. » « Pour découvrir et goûter, Serge doit d’abord pouvoir récupérer ses voies aériennes supérieures. Trachéotomisé, il a pour le moment besoin d’un respirateur externe. Il y a quelques mois, des essais pour installer un stimulateur phrénique n’ont pas été concluants. En attendant de nouveaux tests, il a essayé une ceinture électrique qui lui permet de respirer naturellement. « Ça fonctionne bien, ça me permet de retrouver le goût », affirme le jeune homme. Entre deux respirations, Serge évoque ses rêves. Certains simples : « visiter le Château Ausone », un saint-émilion, son meilleur souvenir de dégustation ; d’autres plus fous : « marcher dans mes propres vignes … un jour. »